Trek de 3 jours sur le Rinjani, Lombok : oh my god !

Dimanche 6 mai 2012

Départ pour le trek de 3 jours sur le Rinjani, le volcan de Lombok.
5h45 : je suis réveillée… et Cécile aussi. Pour bien démarrer la journée après l’absence d’eau de la veille, aujourd’hui, c’est coupure d’électricité. Je m’habille à la lumière de la lampe manuelle et écolo de Cécile (elle doit tourner la manivelle pour avoir de la lumière). En 10 minutes, je suis prête. Bise à Cécile. Rendez-vous dans 3 jours !
Je vais vers la terrasse de l’auberge pour prendre mon petit-dej. Hier, j’ai demandé si c’était possible et on m’ a dit que oui. Mais comme je m’en doutais, tout est fermé ! Je mets mon sac sur mon dos et prend à la main mon sac à plastique. Je dépose le tout chez John, en face. Je reviens, toujours personne. Puis, je vois finalement le jeune gérant débarquer, à peine réveillé. Je lui demande si je peux prendre le petit-dej. Il me dit que non, puis finit par accepter quand je dis que j’ai prévenu quelqu’un. Espérons qu’il ne soit pas trop long. Dix minutes plus tard, j’ai un pancake à la banane et un thé brûlant (j’avais demandé pas trop chaud…). En avalant la première bouchée, j’ai la désagréable sensation que le pancake est poivré. Pas ça dès le matin ! Je ne  mange que quelques morceaux et abandonne. Je bois à peine un tiers de mon thé. Tant pis, je ne veux pas être en retard. Quand j’arrive chez John, le couple est déjà là. Je vais la connaissance de Carol et Alessandro. Elle est suisse, Il est Italien. On doit avoir le même âge. Ils m’ont l’air très sympathiques. C’est le premier vrai trek pour Alessandro, qui est aussi fumeur…
On me sert un thé et j’ai droit aussi à un pancake à la banane (bien meilleur celui-là). En même temps, on a besoin de forces, alors ça ne se refuse pas. Je signale à un jeune garçon que le sac en plastique et mon ordi doivent rester ici et que mon sac à dos est pour le trek.
Vers 7h, nous décollons. Avec les deux guides et les trois porteurs, nous embarquons en voiture jusqu’au bureau des trekkings, où se trouve le départ. On remplit une formulaire (au cas où) et on nous distribue une petite étiquette à accrocher à son sac. Vers 7h20, la marche (de 6 heures environ) peut commencer. Départ de Senaru : 540 m.

 

Nous avançons dans la forêt humide (très humide), au milieu des cacaoyers.
En moins de deux minutes, je suis déjà presque trempée avec mon petit sac à dos sur le dos.

 

Les porteurs, en tongs, nous suivent. Sur leurs épaules, deux paniers remplis de matériel et de vivres. Ils portent chacun 20 kilos. Hallucinant !

 

Premier arrêt pour souffler un coup. Il pleuviote un peu, mais ça va encore. J’attends pour sortir mon poncho. Je ne vois pas mon sac, mais j’imagine qu’il est derrière avec un autre porteur. Nous repartons et ça commence à grimper. Vers 10h50, nous arrivons au POS II, où nous sommes censés manger. Mais il n’est pas un peu tôt là ?

 

En fait, ils doivent faire le feu, donc ça prend un peu de temps. Nos deux guides, Paé et Isac s’affairent avec les porteurs. Avec Carol et Alessandro, nous avons droit à un thé dans nos supers chaises de camping. Nous sommes les seuls à profiter de cette version deluxe.

Tout le monde est maintenant là, mais toujours aucune trace de mon gros sac à dos. Là, je commence vraiment à m’inquiéter. Carol me dit qu’il n’ont pas de sac. Leur petit sac sur leur dos contient toutes leurs affaires pour deux jours. Immédiatement, je vais voir Paé. Non, ils n’ont pas pris mon sac. A priori, il n’était même pas au courant que j’en avais un.
Panique à bord : je n’ai pas mes affaires. Dans mon petit sac à dos, j’ai un poncho, une gourde d’eau, quelques pansements, ma trousse de secours et une polaire. Très confiant, Paé me dit que ce n’est pas grave, ils vont me prêter une veste et un pantalon. Je ne me suis pas bien fait comprendre : je ne PEUX pas rester 3 jours sans rien. Comme une imbécile, j’ai retiré la petite culotte que j’avais laissé dans une poche de mon sac (ça me servira de leçon, toujours avoir une culotte de secours dans son petit sac). Je lui explique que je suis une femme et que j’ai besoin de mes affaires. Et en plus, pour couronner le tout, je ne suis pas au top de ma forme. Le trek est tombé pile la mauvaise semaine (les femmes me comprendront). Bon, je dis pas ça à Paé, mais je suis ferme : s’il n’est pas possible de faire monter mon sac, je fais comme le couple, seulement un trek de 2 jours et je redescend avec eux demain. A peine commencé, le trek sur le Rinjani est déjà compromis.  Carol compatit et m’assure qu’elle me dépannera pour ce soir.
En discutant avec elle, elle me dit effectivement, elle savait qu’on était censé porter notre sac, sinon il faut payer un porteur supplémentaire : 20 dollars/jour ! John ne m’a jamais parlé de ça et pour moi il était évident que je n’allais pas porter mon sac.
Bref, c’est la crise ! Paé appelle John et me le passe. Je lui explique la situation. Le fait que Carol et Alessandro aient posé leur sac à côté du mien a contribué à la confusion. De mon côté, je n’ai pas vérifié, ni dit à Paé qu’il fallait bien emporter mon sac à dos. Maintenant, je m’en mord les doigts ! Toujours tout vérifier ! Pour une nuit, je peux tenir, mais pas plus !
Finalement, une solution est trouvée : mon sac va être amené par un porteur à pied jusqu’ici. Pas d’autres solution. On se rappelle avec John pour qu’il ne se trompe pas de sac à dos ! Je croise les doigts. Mais maintenant, je m’inquiète au sujet du paiement, car s’il faut que je paye en plus 20 dollars par jour pour 3 jours… je n’ai pas cette somme et pas de distributeur à Senaru. D’après Paé, je donnerai ce qu’il me semble juste au porteur (plus un pourboire pour celui qui monte en catastrophe).
11h30 : nous passons à table. Alessandro a choisi les noodle frits, accompagné d’un oeuf et ananas pour le dessert.

 

On  garde le sourire, positive attitude ! Nous sommes à l’abri sous la bâche, quand il se met à pleuvoir. Nous patientons jusqu’à l’arrivée de mon porteur. Suspense, anxiété… ouf, c’est bien mon sac ! Je suis sauvée, on peut se détendre. Je m’essaie même au portage en soulevant un bambou pourvu de deux paniers remplis. C’est pas possible, comment peuvent-ils portent ça sur leurs épaules ? !
Vers 12h30, nous pouvons repartir… sous la pluie. Cette fois-ci, je sors mon poncho. On marche pendant 1h30 jusqu’au point suivant en faisant des micro pauses pour boire un coup ou retirer le poncho. L’humidité est à son maximum.

 

Les jambes commencent à chauffer. C’est notre dernière grosse pause avant d’entamer la dernière partie de la journée. Nous quittons la forêt pour gravir le versant de la montagne et atteindre le sommet vers 15h30-16h.
On doit redoubler d’effort, ça grimpe sec. Je suis admirative devant le courage et la force des porteurs. On a déjà du mal à avancer avec deux ou trois kilos sur le dos avec nos chaussures de marche. Je ne sais pas comment ils peuvent faire…
Un groupe d’asiatiques descend à pas de fourmi et ils se tiennent tous par la main… ça fait peur !

 

Après 1h30 d’ascension à flanc de montagne, au milieu de la brume, avec plusieurs petits arrêts pour souffler, nous arrivons au POS III à 2600 m d’altitude.

 

Nous avons donc gravi, en 6h, 2060 mètres de dénivelé ! Autant dire un sacré morceau pour un premier jour. D’autres trekkeurs sont déjà installés avec des tentes montées un peu partout sur le sommet de la montagne.

 

En quelques minutes, nos deux guides et trois porteurs montent nos tentes et installent la fameuse tente à toilette. En fait, c’est une tente avec 4 piquets et un trou creusé dans la terre. Mais pouvoir aller aux toilettes, sans avoir à courir au milieu de la montagne, franchement, c’est « un luxe »appréciable.

 

Je file dans ma tente pour me changer et me débarbouiller avec ses super lingettes biodégradables. Il est inutile de préciser qu’il n’y a pas de douche.. Mais bon, ça fait quand même du bien de se sentir un minimum propre. J’enfile un jean, un tee-shirt à manches longues (sec), la polaire, mon anorak et mon foulard (merci Aubane).
Il doit être 16h30 environ quand on s’installe dans nos chaises de camping pour boire un thé chaud avec des biscuits. Nous assistons ensuite à un beau coucher du soleil.

 

Ayant emporté dans mon propre sac de couchage, je passe celui fourni par John Adventures à Carol. Il faut dire qu’il fait assez froid à cette altitude.
18h30, à tout casser, nous passons à table ! Notre dîner se compose d’une soupe avec des légumes et de pommes.
On se rapproche ensuite du feu pour se réchauffer un peu. Nouvelle tasse de thé. Il est environ 20h quand je pars me coucher à mon tour. Demain matin, lever vers 5h50 ! Je garde ma polaire et j’enfile seulement le bas de mon pyjama, je me glisse dans le sac à viande, puis dans mon sac de couchage. J’ai retiré mes chaussettes pour éviter que mes pieds macèrent… J’étale comme je peux les affaires humides en espérant qu’elles sèchent pendant la nuit. Pour les sous-vêtements, je les glisse dans mon sac de couchage pour être sûre qu’ils sèchent (système D). Je n’oublie pas de prendre mon Malarone et un cachet d’anti-inflammatoires (Voltarene) pour éviter les courbatures. J’ai même prévu mon gel jambes légères !
Question confort, c’est pas le top, même si j’ai beau avoir un petit matelas (et un oreiller) gonflable. Je me réveille régulièrement pendant la nuit…

Lundi 7 mai 2012

Deuxième jour de trek pour gravir le Rinjani à Lombok. 5h30 : pas besoin de réveil, je suis déjà réveillée et je m’habille rapidement. Aujourd’hui, je troque le short contre un pantalon long. Seule au milieu d’hommes, je vais éviter de trop attirer l’attention.

Mauvaise surprise : tout est humide sous la tente ! Heureusement, certaines de mes affaires sont encore sèches dans mon sac. Même l’intérieur de mes chaussures de marche est humide. Première sensation désagréable au petit matin. Bien évidemment, rien n’a seché ! Carol et Alessandro n’ont pas beaucoup dormi non plus. Vers 6h, nous observons le lever du soleil.
Pour le petit-déjeuner, nous avons bien sûr l’incontournable thé accompagné de pancake à la banane… et d’un sandwich tomate/fromage. Je crois que c’est bien la première fois de ma vie que je mange un sandwich à 6h du mat’ ! Il y a des débuts à tout…

 

Mais je n’ai pas fini mon pancake quand je sens qu’il faut que je file aux toilettes. Merci la « toilet tent » ! J’ajoute à mon petit-déjeuner une gélule de Tiorfan… pour bien démarrer la journée. J’espère que mon estomac ne va pas me lâcher. C’est franchement pas le moment !
Pendant que les porteurs démontent la tente, je fais mes adieux à Carol et Alessandro. Ils redescendent dans la vallée et moi je continue mon périple vers le sommet du Rinjani en solo avec Paé, mon guide, et deux porteurs.
Et aujourd’hui, ça va être un peu plus dur qu’hier ! Gloups…

7h : départ. ça commence d’abord par de la descente, donc ça tire dans les cuisses. Après quelques virages, un magnifique panorama sur le cratère du volcan Rinjani se dégage avec le lac d’eau salée bleu/vert.

 

Parfois, je suis obligée de m’asseoir sur les fesses et de m’accrocher sur les rochers avec mes mains, tellement la descente est abrupte. Mais comment font les porteurs ? On ne peut même pas faire confiance aux rares barrières, qui ne sont plus cimentées dans le sol. Je loue la présence et le sérieux de mon guide. Tout au long de ces trois jours, ces mots fétiches, qu’il ne cessera de me répéter : it’s slippery. Slowly, slowly. Mais au bout du compte, je me demande s’il n’a pas glissé plus souvent que moi !

 

Nous sommes sur le point d’arriver quand Paé fait un arrêt pour couper du bois (pour le feu de midi).

 

Après 1h45 de descente et de plat, nous arrivons sur le bord du lac. Je tâte l’eau de la main. Courageux, un trekkeur va se baigner.

 

Après une petite pause, nous longeons le lac pour arriver au point de ralliement pour le déjeuner. Dernière épreuve de la matinée : traverser une petite rivière. Je retire mes chaussures et passe sans problème. Mais mon pantalon est mouillé.
9 h : nous sommes arrivées à notre point « lunch » à 2000 m d’altitude (nous avons donc descendu 640 mètres exactement). On va pas déjeuner maintenant ? Non, enfin, juste le temps de préparer le feu…
Pas possible de me baigner, mais j’aimerais faire sécher mon pantalon. C’est alors qu’intervient le fameux sarong multi-usage que j’ai eu la bonne idée de mettre dans mon petit sac à dos. Je me l’entoure autour de la taille pour en faire un paréo. J’enlève mon pantalon et le fait sécher au soleil avec mes chaussettes. J’en profite pour tremper mes jambes dans l’eau fraîche et profiter de la vue.
Je m’installe au soleil contre une pierre avec mon sac dans le dos en guise de coussin. Juste le temps de me reposer quelques minutes, avant que l’on me serve le déjeuner… avec du coca à 10h30 du matin !
Au menu : riz, poulet, omelette. Je suis en train de faire une overdose de riz !
11h : le déjeuner est fini, on s’en va. Maintenant, on va recommencer à grimper. Deux heures et demi de montée. Et quelle montée ! On essuie à peu près tous les temps : chaleur et pluie. Par moments, je suis pratiquement à quatre pattes pour avancer.
Je profite de quelques plats pour récupérer au maximum, avant de recommencer à crapahuter.
Alors qu’on a déjà bien monté, on croise un petit groupe où le gars m’annonce que la promenade est finie et que l’on va commencer à bien grimper maintenant ! Je n’y crois pas. Mes jambes tirent, mais pourquoi je me suis lancée dans ce trek sur le Rinjani ? !! Je crois que je me suis sur-estimée. Et quand je questionne Paé sur demain, il me dit que cela va être un peu plus dur. Comment est-ce possible ? De toute façon, je ne peux pas rebrousser chemin. Trop dur de remonter tout ce qu’on a descendu ce matin. Je n’ai pas d’autre choix que d’avancer. Après une petite pause, on repart.
Les seuls trekkeurs que l’on croise redescendent (enfin, après ils vont monter eux-aussi !). Quelques locaux, probablement des pêcheurs, sont aussi sur le chemin. Que des hommes !
13h30 : nous arrivons enfin à notre lieu pour la nuit : 2660 m d’altitude. Enfin ! Je suis accueillie par une armée de petits singes. Les premiers animaux que j’aperçois en fait.
En deux temps trois mouvements, la bâche pour le coin-cuisine est montée et je m’installe sur ma chaise pour souffler.
Dans un autre groupe, une jeune femme est en panique car son petit-ami est parti devant et il n’est toujours pas arrivé. Il finit par débarquer comme une fleur ! Plus de peur que de mal…
Demain, je dois aller au sommet de cette montagne : le Rinjani, à Lombok;
14h38 : afternoon tea avec biscuits.
Ma tente est plantée. C’est l’heure de la toilette et d’enfiler des vêtements secs. Le temps est très changeant. Il fait soleil et quelques minutes plus tard, le ciel se couvre mais offre un spectacle stupéfiant.
16h : Paé me cuisine des « french fries » à l’huile de noix de coco ! Goûter pour le moins original…
Il doit être 17h30/18h quand est annoncé le dîner. Ha non, là vraiment, je crois que ça va pas être possible d’avaler… du riz ! J’en prends juste un fond pour dire que je mange. Pour l’ananas, toujours découpé avec soin, je me laisse convaincre. Je m’approche au plus près du feu pour me réchauffer. Même si Paé me rassure quant à demain, je suis inquiète de la difficulté qui m’attend. En discutant avec lui, j’apprends qu’il a 32 ans (mais fait plus), a un garçon de 10 ans et sa femme attend un bébé dans 3 mois. Il espère avoir une fille. Les deux porteurs sont des frères : Ri Salam, 20 ans, et Ju Manom, 28 ans. Ils ne parlent pas anglais et osent à peine me regarder. C’est sûr, je ne crains rien avec eux !
Avant de me coucher, le spectacle est surprenant !
Vers 19h, je suis heureuse de me glisser dans mon sac de couchage et d’avoir le deuxième de John pour mettre part dessus.Chaleur maximale. Cette fois-ci, j’ai mis mon poncho sur mes affaires pour éviter l »humidité. J’ai pris le Malarone, du doliprane et un anti-inflammatoire. J’espère bien dormir pendant cette courte nuit. Le vent se lève et fait claquer la toile de la tente. Heureusement, je suis à l’abri.
Bilan de la journée : 4 heures et demi de marche, dont deux heures de descente (640 m) et deux heures et demi de montée (660 mètres de dénivelé).
Mardi 8 mai 2012
Troisième et dernier jour de trek à l’assaut du Rinjani, à Lombok. Lever à 2h30 du matin et environ 11 heures de marche prévues ! La nuit a été courte, mais bonne, malgré le vent. J’avale un thé chaud et un pancake… à la banane ! Je suis bien couverte, on peut attaquer la montée à la lumière de la lampe frontale. Trois heures de montée pour parvenir au sommet et 2 heures pour redescendre au campement où nous attendent nos porteurs… et un second petit-déjeuner.
Finalement, je crois qu’il vaut mieux monter de nuit, ça évite de voir la trop grosse difficulté. Les premières minutes, ça grimpe, mais il y a des barrières pour s’aider. Quelques personnes sont déjà parties et on aperçoit des taches de lumières, telles des lucioles gravissant la montagne.
La deuxième partie est plus dure en raison du terrain sablonneux. Un guide est en train de tirer par la main une de ses clientes. J’espère ne pas en arriver là. Au bout de 45 minutes, nous atteignons la crête. Il faut compter 2 heures pour atteindre le pic. Je souffle, boit de l’eau. Le terrain devient plus facile, moins pentu.
A certains moments, j’ai l’impression que mes jambes sont comme dopées et avancent seules malgré la douleur.  Pas question de m’arrêter, on continue !
En réalité, la dernière partie est la plus dure. On s’enfonce encore plus dans le sable volcanique mêlé à des pierres. Paé avance à bonne allure et parfois je n’ai pas le temps de voir où il met exactement ses pieds. Bien que j’avance au maximum dans les traces déjà faites, je m’enfonce. Le terrain n’est pas régulier, il est donc très difficile de trouver un rythme de montée. Je ne peux retenir des larmes, entre le vent froid qui balaye mon visage, m’irrite les yeux et la douleur de l’effort physique. J’essaie de tenir au maximum, puis je crie à Paé que j’ai besoin de m’arrêter. A ce moment, le physique est tenu par le mental. Mon corps est poussé à ses limites. Vais-je arriver en haut ? Je regarde ce qu’il reste à franchir et je suis prise de doutes. En fait, il vaut mieux avancer la tête baissée. Plusieurs fois, je glisse sur le sable et les graviers. J’appuie mes mains sur mes cuisses pour m’aider à avancer.
Nous rencontrons un autre guide qui monte avec un couple. Paé et lui se mettent à parler, parler. Ils m’épuisent ! J’ai juste envie de leur crier de se taire. J’ai besoin de silence, de concentration. Mais je prends sur moi.
Quand enfin, Paé m’annonce que nous sommes presque arrivés, c’est un soulagement. Comble : on est en avance ! On doit donc s’installer derrière une pierre, à l’abri du vent en attendant le lever du soleil. Nous sommes finalement montés en 2 heures et demi environ. Le froid est glacial. Nous sommes 4/5 personnes en rang d’oignons contre la pierre. Si je ne retenais pas, je me collerai au couple à côté de moi pour me réchauffer. Paé me donne des biscuits au goût… indéfinissable ! Je mange pour tenter de me réchauffer. Mais pourquoi on n’a pas eu l’idée de mettre du thé chaud dans ma gourde isotherme. J’ai froid, forcément, j’ai transpiré. Le soleil commence à poindre…
On franchit les derniers mètres qui nous séparent du sommet. Nous sommes à 3726 mètres d’altitude, soit 1100 mètres de dénivelé en moins de 3 heures !
I did it !!! Paé me félicite et on se tape dans les mains !
Je suis gelée et saute sur place pour me réchauffer. Paé me frotte dans le dos pour apporter un peu de chaleur. J’ai l’impression que mes doigts vont tomber sur place. J’essaie de m’abriter derrière des gars pour couper du froid.
Mon seul regret est de ne partager avec personne cet instant magique de satisfaction d’être aller au bout de soi-même et d’assister à un lever de soleil, la récompense ultime après tant d’efforts. C’est comme ça ! Mais je suis fière de moi, d’avoir accompli ce challenge sportif, le plus difficile et le plus exténuant (comme le dit si bien le Lonely Planet) trekking jamais fait.
Dernière photo souvenir de ce panorama avant de redescendre vers des températures plus clémentes…
De jour, on voit mieux le terrain et malgré la douleur dans les cuisses, c’est plus facile. En 1h15, on devrait être en bas.
Mais au fur et à mesure, je me rends compte que j’ai bu pas mal d’eau… et donc il va falloir faire une pause « pipi ». Hors, il n’y a rien. D’un côté, c’est le précipice et de l’autre seulement quelques herbes. Je ne tiendrai jamais jusqu’à l’arrivée. Comme j’aimerais être un mec ! J’en touche deux mots à Paé (de mon besoin pressant), qui me suggère d’aller derrière le rocher, à 1 mètre du sentier, où les gens passent. Nous sommes partis parmi les premiers, mais d’autres personnes descendent. Là encore, faut prendre sur soi ! Paé part devant. Je prie pour que le jeune homme qui est aussi devant ne se retourne pas et que quelqu’un d’autre n’arrive pas au même moment. Sinon, je vivrai encore un grand moment de solitude. Par chance, personne ne déboule sur le chemin et je repars d’un pas plus léger vers le campement. Merci mon Dieu !
A l’arrivée, deuxième pancake à la banane de la journée avec en plus du chocolat ! Après tant d’effort, ça ne se refuse pas !
Après ces 4 heures de marche, il en reste encore… 6/7heures, environ ! Hé oui ! Et que de la descente. On doit aller tout en bas en bas, près de l’eau. C’est possible, on va jamais y arriver ! Si si ! Entre les pieds et les cuisses, je vais finir, mais je ne sais pas dans quel état.
Vers 7h30, nous décollons d’un pas plus léger. Nous croisons régulièrement d’autres guides et des groupes qui montent. Bon courage à eux ! Pour la première fois, je vois même des femmes « locales ». Il y en a donc ! Mais j’ai toujours le même sentiment que les autres guides demandent à Paé si je suis sa seule cliente. Certains me demandent ensuite d’où je viens…
En chemin, j’ai suis dans dans un remake de la petite maison dans la prairie.
Je sens des ampoules sur les orteils dans mes chaussettes humides. Mais faut continuer…
11h50 : nous sommes arrivés au point du déjeuner. Trop de monde. Nous préférons continuer pendant 40 minutes. Au moins, je vais manger à une heure normale. Nous rencontrons un autre groupe de 2 jeunes avec un jeune guide, qui me pose aussi des questions. Pas de chance, il s’arrête en même temps que nous au prochain point et me questionne pour savoir d’où je viens, où j’étais avant…
Après le déjeuner, on se remet en route. Il reste encore 1 heure et demi, 2 heures de marche sur un terrain pratiquement plat. Le plus dur est bel et bien derrière nous !
14h30 : retour à la civilisation à Sembalun, un petit village à l’opposé de Senaru. En attendant le camion qui doit venir nous récupérer, j’échange avec les enfants et femmes du village.
J’ai pris le bébé dans mes bras, qui m’a fait pipi dessus (je ne sais pas comment l’interpréter :-)
Je leur distribue les petits gâteaux qui nous restent. Ils sont ravis ! Avant de monter dans le camion, j’ai droit à une photo prise avec le guide qui m’a posé des questions et deux jeunes. Clients ou amis, je ne sais pas !
Je donne un bon pourboire au porteur (le plus jeune) qui s’est trimbalé mon sac. Le pauvre ! J’espère qu’il s’achètera des vêtements plus chauds et de meilleurs chaussures.
Sur le chemin de retour vers Senaru, il se remet à pleuvoir ! Et le chauffeur me fait aussi quelques petites frayeurs sur la route.
Vers 15h00 : nous arrivons au point de départ : John’s adventure. John, en personne, est là pour m’accueillir et recueillir mes impressions.Un chauffeur est prêt pour partit à Senggigi à l’hôtel réservé par Cécile. Je réglerai directement au chauffeur. Pas d’allusions au paiement du porteur supplémentaire…
Je file me changer pour retrouver une apparence à peu près normale. Dernière photo souvenir avec l’équipe qui m’a poussée au bout de moi-même !
Je saute dans le taxi, direction Senggigi, la plage… et le repos après 3760 mètres de dénivelé en 3 jours. A présent, je ne rêve plus que d’une bonne douche chaude et d’un lit.
Bilan de mon trek de 3 jours sur le Rinjani à Lombok : exténuant, mais beau. A faire avec une entreprise sérieuse. On va au bout de soi-même. Merci à mon guide, mes porteurs et au voltarène en comprimés pour les douleurs !

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