Nuit en tribu : épisode 2

Vendredi 20 juillet 2012
Au petit matin, la décision est prise,nous ne resterons pas une deuxième nuit chez Martial, qui bien que pas méchant n’a pas envie de faire la causette aux touristes. Marc se dévoue pour expliquer. Tout de suite, Martial approuve « oui, il fait mauvais temps ». Il ne cherche même pas à nous retenir. Après le petit-déjeuner à base de lait en poudre, jus de pommes lianes (que j’ai osé réclamé) et beignets, nous partons vite fait.

 

Nous nous arrêtons tout de même à l’office de tourisme pour expliquer notre déception. Tout de suite, un jeune homme kanak, charmant, prend la chose en mains et rattrape le coup. Il ne veut pas nous laisser partir sur une mauvaise impression et nous propose de dormir ce soir dans la tribu de Tendo, plus éloignée (25 km de Hiengen), chez Marie-Reine. Il s’absente quelques minutes pour la contacter (et sûrement la briefer). C’est confirmé, Marie-Reine nous attend vers 17h. Notre programme de la journée consiste à aller à la cascade de Tao, mais le temps n’est malheureusement pas avec nous. Pour cause de pluie, le chemin est fermé.
 Il pleut tellement fort que Marc arrête la voiture le temps que ça se calme. Mais ne nous plaignons pas, c’est le premier jour de mauvais temps depuis le début du voyage. Deux activités ponctuent la journée : une traversée en bac et un mariage !

 

Hé oui, sur la route, nous voyons des gens s’affairer à la décoration. Nous nous arrêtons pour savoir ce qui se passe : un mariage se prépare et dans quelques heures des centaines de personnes seront là pour la cérémonie. Tout le monde s’affaire. Les femmes décorent la salle principale avec des fleurs, d’autres cuisinent.

 

Toutes les tribus aux alentours sont invitées et se partagent le travail. On nous explique les traditions et on découvre tous les plats qui seront servis. Les légumes (taros et ignames) sont pelés et coupés pour le bougnat. Des hommes ouvrent des centaines de noix de coco et vident la chair.

D’autres coupent et font cuire la viande et le poisson. La célébration des mariages est rythmé par la saison de l’igname entre avril et septembre. Avant ou après, ce n’est pas possible, car il n’y a pas assez d’aliments pour nourrir les centaines d’invités. Il se remet à pleuvoir et nous nous abritons à côté du feu sur lesquels plusieurs marmites de viande mijotent. On nous offre même du pain fourré à la noix de coco fraîchement râpée. La pluie recommence à tomber et le terrain devient boueux. Des hommes creusent des tranchées et apportent de la terre pour absorber l’eau. Mais cet événement climatique ne semble paniquer personne. Les femmes continuent à préparer les bougnats et nous sentons que nous gênons, près des tables.

 

On, profite d’une légère accalmie pour prendre congés. Nous repasserons en début d’après-midi pour la cérémonie de « don de la femme à l’homme ». Nous faisons route jusqu’à Pouebo, mais le temps n’est pas au beau fixe. Demi tour et arrêt au mariage. Le monde est arrivé, les femmes sont rassemblées et chantent. L’alcool (la bière) coule déjà à flot. Difficile d’identifier la future mariée.

 

Tout le monde finit par se rassembler dans la pièce principale décorée. Les deux familles (celles de l’homme et de la femme) se font faces. Le trousseau est déballé aux sons de chants écrits sur des grandes feuilles de papiers. Après de longues minutes, la femme est « donnée à l’homme ».

 

En plus de nombreux dons en nature (aliments, alcool…), la femme est « achetée ». La somme, qui est partagée entre les époux, peut attendre plusieurs millions de francs pacifiques.

 

 

Il est plus de 14h, quand nous quittons la cérémonie. Il est trop tard pour trouver du pain frais. Pour le pique-nique au centre culturel, nous nous rabattons sur des crackers avec Véro. Il ne faut pas traîner pour rejoindre la tribu de Tendo.Il faut compter quasiment 1 heure pour l’atteindre. Petite frayeur sur le chemin boueux. La voiture commence à patiner. Nous descendons. Marc gère la conduite et nous arrivons à bon port. Première impression : ici le jardin est nickel.
Marie-Reine nous accueille, mais nous annonce que pour ce soir nous serons chez Alice, sa belle-sœur. C’est avec elle que nous allons faire la coutume. Nous n’avons pas acheté de quoi faire deux coutumes à Leader Price. Du coup, Alice hérite de boîte de conserve et riz que nous n’aurons pas le temps de manger. Alice nous montre le faré (habitat en forme de rectangle) dans lequel nous allons dormir ce soir. C’est simple, mais propre et bien entretenu.

Il y a même un bouquet de fleurs. Tout s’annonce sous les meilleurs auspices. Nous allons faire un petit tour dans les environs avant que la nuit ne tombe. Douche à l’eau froide, mais l’état est correct.

Le soir, Alice vient nous chercher avec une lampe et nous guide jusqu’à sa maison. La table est mise avec encore une joli bouquet. C’est une maman célibataire de 30-35 ans(pas facile de lui donner un âge), qui accueille des touristes depuis plus de 10 ans ! Elle est souriante et on se sent tout de suite à l’aise pour lui poser des questions. On commence avec un jus de pommes lianes (toujours aussi bon, voire encore meilleur que celui de Martial), suivi d’une soupe de pâtes avec des herbes.

En plat principal, nous avons droit à des crevettes à l’ail, du riz et de l’igname. Un régal !

 

Alice s’assoit avec nous tout au long du repas et prend plaisir à nous parler de sa culture. Elle est couturière et vient de suivre une formation sur l’art floral. D’où la présence de deux bouquets de fleurs. Elle est heureuse de sa vie et ne se plaint de rien. En guise de dessert, nous avons des bananes, de l’ananas (en boîte, dommage) et de la noix de coco râpée.

 

C’est avec le ventre bien rempli et le plaisir d’avoir partagé un bon moment avec Alice que nous nous couchons, chacun dans notre chambre. Elle nous met même une lampe à disposition pour retrouver le chemin. Je ne mets pas longtemps à m’endormir dans les draps propres sous deux bonnes couvertures.

PS : Thierry, j’attends toujours tes commentaires sur mon blog :-)

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