Les péripéties du job de serveuse – épisode 2

Haa le job de serveuse en Australie, faut le vivre !

Après les clients exigeants qui demandent « un weak, hot, décaf, soy milk capuccino' », traduisez un capuccino, léger, chaud, décaféiné avec du lait de soja » (j’exagère à peine), voici le client obsédé par les microbes (la fameux Julian) qui fait un scandale si on a le malheur de porter le verre dans sa partie supérieure. Cela propage des germes… S’il voyait les moisissures marrons incrustées sur la grille du ventilateur du frigo, juste au dessus des verres propres, il aurait une attaque et ne remettrait plus les pieds dans son resto préféré.
Pour info, le frigo a été nettoyé la semaine dernière, mais visiblement cette partie a été oubliée (depuis très longtemps en fait). D’ailleurs, j’ai des doutes quand à la propreté du lieu. La cuisine est nettoyée tous les soirs. Mais quant aux toilettes et à la salle, le nettoyage est fait superficiellement par les serveuses (alors que ce n’est pas notre boulot) et je suis sûre qu’aucune femme de ménage passe derrière, en particulier pour laver le sol des toilettes… Tiens d’ailleurs, hier j’ai même nettoyé les vitres de la salle. Polyvalence je vous dis !

Autre anecdote : deux clients, installés d’abord en terrasse, passent à l’intérieur. L’un d’eux me commande un menu « spécial Pasta » à 6 dollars avec lequel il faut commander une boisson (et surtout ne pas oublier de le signaler au client sous peine de s’attirer les foudres du patron). Il n’en prend pas, aussi je lui fais la remarque. Il me dit qu’il a pris des cafés avant et demande donc à voir le manager. Magda, « ancienne serveuse » s’approche. Elle dit que c’est Ok, vu qu’ils ont commandé des boissons avant et qu’elle va le rajouter sur la première commande qu’elle avait prise. Réponse du client : j’adore cette serveuse ! Là, j’ai juste envie de lui dire « pauvre con, c’est pas moi qui fait les menus et, serveuse, c’est pas mon métier ». Restons zen !
Magda, quelques jours avant, m’a d’ailleurs donné un « cours ». En m’expliquant, que quand on prend une commande, il ne faut pas se pencher pour écouter ce que disent les clients. Il faut rester droite comme un « ‘i » et noter comme ça. Ce n’est pas professionnel de se pencher, et de plus, les clients peuvent lorgner dans ton décolleté. Maintenant, je tente d’appliquer les règles « professionnelles » de Magda. L’affaire se corse quand c’est un petit vieux qui parle doucement. Peut-être le fait-il exprès ?!

Au bar et en cuisine, la clochette est le seul élément de « pouvoir » des hommes et ils adorent s’en servir ! Spyros, le patron, est toujours sur notre dos à regarder ce que l’on fait. Quand on a le malheur de parler 2 minutes de trop avec un client, alors qu’il n’y a pas foule, il fait tinter sa clochette. On doit comprendre que l’on doit aller au bar et il nous donne un ordre du style « il faut débarrasser et nettoyer la table 13 dehors ». Il y a quelques jours, il m’a d’ailleurs dit que l’on ne devait pas trop parler aux clients, car on ne peut pas savoir s’il y a d’autres clients qui attendent dehors, des couverts à essuyer…
Les clients adorent savoir d’où je viens et parler avec moi, j’y peux rien !
Un jour, il m’a engueulé car j’ai eu le malheur de trop remplir la glacière un soir, quelques heures avant la fermeture. Il allait perdre 2 dollars de glaçons et c’était la fin du monde…

En cuisine, Ballar et Reiness adorent aussi utiliser la clochette. Ils savent qu’en actionnant ce petit engin, les filles accourent vers eux… pour prendre les plats. Ce petit pouvoir doit les flatter. Même si l’une de nous est juste à côté, ils prennent plaisir à faire tinter la clochette.

Qu’on le dise une bonne fois pour toutes : la cliente n’a pas toujours raison, surtout quand elle me montre un plat sur la carte, en l’occurrence des pâtes à la napolitaine à 10 dollars, alors qu’elle voulait les mêmes, mais à 6 dollars (la taille forcément n’est pas la même). Après le patron me dit qu’il faut bien vérifier quelles pâtes le client veut. J’ai beau dire que pour moi, il n’y avait pas de malentendu car elle m’a montré sur la carte, le plat à 10, il faut quand même demander confirmation. Parfois, tu as beau répéter la commande, quand les plats arrivent, le client dit : ben, non en fait on voulait du bacon en plus (vécu hier). Renvoi en cuisine. Bon, ceux là étaient sympas et se sont excusés après en disant que c’était pas grave. Trop tard, c’était reparti en cuisine.
Cela dit, il m’arrive aussi de faire des erreurs et d’oublier de demander un café « very hot » ou au contraire « pas trop chaud » quand un client me le demande. Sinon y’a aussi la cliente qui commande un café « strong, but not too strong ». Ok ? ! Et oui, c’est ça le job de serveuse…

Je jubile quand le patron me dit, ne passe pas ton temps à nettoyer les tables, il va pleuvoir… et il ne pleut pas.
Dans ce resto, on n’a pas de sections attribuées. Aussi parfois, on va voir plusieurs fois la même cliente et à chaque fois je suis la troisième à poser la question et le client me le fait bien remarquer.  Je suis toujours la troisième à poser la question. Pas de bol !

Autre petit détail, il y a une carte sur laquelle il n’y a pas certaines choses : bruschetta ou du muesli (type porridge). Au début, je n’étais pas au courant, donc j’ai pris la commande. Va expliquer ensuite au client qu’on ne l’a pas (et que ce n’est pas barré sur la carte).
Pour ne pas s’attirer les foudres du patron, il faut bien écrire les 4, comme ça (comme sur le clavier quoi) et pas autrement, ne pas oublier de facturer 30 centimes pour la confiture (appelée JAM et non marmelade), 30 centimes si le pain est grillé et 80 centimes pour un supplément de chantilly ou de crème glacée.

Mais si les clients savaient depuis combien de temps les croissants ou les gâteaux sont dans le frigo (et appétissants à première vue), ils ne seraient pas aussi gourmands, surtout à 6,5 dollars la part. Certains sont là depuis une semaine, voire plus. Pour que ça paraisse tout de même bon au goût, le patron fait légèrement chauffer les pâtisseries (sauf cheese cake, bien sûr) au moment de la commande. Pour le tiramisu, faudra repasser. J’en ai goûté deux différents (un dans un autre resto) et visiblement, les Australiens ne maîtrisent pas la « vraie » recette. Cerise sur le gâteau, quand ça fait vraiment trop longtemps que les gâteaux, c’est nous (les serveuses) qui les finissons. En début de semaine, j’ai hérité de 3 apple struddle (chauffé, ça passe).

Travailler avec une majorité de filles n’est pas toujours bien, je ne vous apprends rien. Il y a quelques jours, j’ai dit « ham » au lieu de « jam », en parlant avec Spyros. Rachel, la serveuse anglaise, a pris un malin plaisir à me le faire remarquer en ricanant que mon anglais était très bon.

Malgré tout, il y a pas mal d’aspects positifs. Les pourboires sont pas trop mauvais. j’ai régulièrement 12 dollars, voire plus de « tips ». J’ai même fait une journée record avec 18 dollars (l’atout d’être Frenchie) ! Les clients, dans la majorité, sont plutôt agréables.

Pour « Valentine’s day », c’était hier, l’un de nos plus fidèles clients, Harry (et non Henry) nous a offert une carte collective à tout le staff avec un petit mot (les Australiens sont très « carte » pour la St Valentin) et des chocolats. Bon, quand j’ai voulu en manger il n’y en avait plus (je soupçonne une serveuse d’en avoir mangé plusieurs), mais c’était une très gentille attention.
Tula, la femme de Spyros, nous a gracieusement offert 2 crêpes à partager entre les trois dernières serveuses hier. J’ai revu Miles, que je n’avais pas vu depuis longtemps. Il m’a prédit la richesse si j’achetais un ticket de loto. Je suis sortie trop tard, tant pis.

Pour cette journée de l’amour, j’ai servi un couple de jeunes amoureux (la vingtaine). Elle, rondelette, souriante, avec une coupe afro décolorée (blonde) et lui, plutôt mince, type européen. Ils voulaient savoir d’où je venais et comme ils n’ont pas trouvé, j’ai prononcé le mot magique. Le jeune homme m’a alors dit avec un accent australien craquant « tu es belle ». Y’a pas à dire, ça fait plaisir (même si sa copine est à côté). Bon après, j’ai rectifié le tir, en disant qu’il doit dire ça plutôt à sa petite amie.

A défaut de fleurs, de carte, de chocolat ou de mots doux, je me suis fait plaisir à moi-même avec un dîner crêpes. Bon, je n’achèterai plus ces champignons en boîte avec sauce crémeuse, mais j’ai plutôt bien réussi mon dessert. Une crêpe aux poires caramélisées et amandes (le tout saupoudré de nesquik) et une au nutella. Qui a dit que les femmes étaient exigeantes ?

 

Allez, une dernière petite anecdote pour finir. Depuis 15 jours, mon accent « français » a muté en « accent espagnol », d’après ce que me disent les clients. Est-ce mieux ou pas ? Telle est la question…

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